Tunisair se croyait au Bled
Dimanche 19 avril 2009TunisAir aurait payé des vacances tous frais payés au chef de la police de l’aéroport d’Orly en France, comme elle le fait sans doute un peu partout dans le tiers monde, pour fluidifier les rapports qu’elle a avec les autorités locales.
Sauf qu’en France, une lettre anonyme a dénoncé ces agissements à la police des polices et une enquête est ouverte…
Le chef flic de l’aéroport d’Orly dans un trou d’air
Vendredi 17 avril 2009
DEPUIS quelques semaines, l’état-major de la police aux frontières (PAF) d’Orly défile rue des Saussaies, à Paris, dans les bureaux de l’IGPN, la police des polices. Les « boeuf-carottes » (pour les intimes) soupçonnent notamment le grand patron de ce service, Alain Bianchi, d’avoir bénéficié de cadeaux de la part de plusieurs compagnies aériennes, dont, Air France et Tunis Air, sous la forme de voyages privés au soleil. Une délicate attention qui poserait un léger problème : la PAF est, entre autres, chargée de verbaliser les compagnies qui ne respectent pas la réglementation. Ainsi, chaque fois qu’un de leurs passagers muni de faux papiers débarque sur le sol français, elles encourent une prune de 5 000 euros.
C’est une lettre anonyme, fort détaillée, qui a mis le dénommé Bianchi dans le collimateur de la police des polices. Interrogé le 21 mars, l’intéressé a dû par exemple s’expliquer sur deux séjours, tous frais payés et tout confort (billets d’avion, nuits d’hôtel, mini-bar à gogo, etc.), passés en famille, puis entre collègues, à Djerba et à Tunis.
Les boeuf-carottes disposeraient même d’un courrier d’un responsable de Tunis Air détaillant les largesses accordées au sieur Bianchi.
Contactée par « Le Canard », la compagnie tunisienne ne se montre pas très bavarde. Tout juste confesse-t-elle que le patron de la police aux frontières a pu « bénéficier de conseils pour obtenir des tarifs avantageux ». Du côté d’Air France, silence radio. Quant à Alain Bianchi, pas très à l’aise sur le sujet, il déclare au « Canard » s’en « remettre à la sagacité de l’IGPN. Dans cette affaire, ajoute-t-il, je suis serein. J’attends tranquillement le résultat de l’enquête et je prendrai acte de la décision. J’ai une carrière de trente-trois ans qui parle pour moi. Je ne suis pas un perdreau de Vannée ! » Et de conclure : « Nous avons des relations de confiance avec les compagnies aériennes et on leur applique la loi. »
Il semble que le chef des poulets d’Orly veuille aussi entre¬tenir de bonnes relations avec l’IGPN. Fin février, Bianchi a décrété le branle-bas de combat pour que ses services réservent un accueil de choix à un collègue de la police des polices qui partait en vacances avec sa famille, au départ d’Orly (notre document).
Pas de doute, on n’a pas affaire à un perdreau de l’année…
Christophe Nobili
Le Canard Enchaîné du Mercredi 15 avril 2009
